jeudi 20 novembre 2025

La Faiseuse d'anges

 

La Faiseuse d’anges par Camilla Läckberg

En plus de la vie quotidienne banale d’Erika, de ses proches et des membres du commissariat, le livre propose trois intrigues qui se mêlent. On se trouve donc à tour de rôle dans des époques différentes. Et bien sûr, on n’a pas le temps de se plonger dans une de ces histoires qu’on passe aux autres, ce qui crée un beau désordre. C’est difficile à résumer sans spoiler. Alors je vais découper en étapes. Première étape. Au début, il y a Ebba et Melker, un couple en crise à la suite de la mort de leur fils Vincent. Ils s’installent dans leur maison de l’île de Välo (en face de Fjällbacka) avec l’intention d’ouvrir des chambres d’hôtes. Ils restaurent les lieux qui appartenaient à la famille d’Ebba, qui a disparu dans les années 1970. En effet, la famille Elvander qui tenait un internat de garçons semble s’être volatilisée. Seule la fillette en bas âge avait été trouvée. Devenue grande, Ebba revient chez elle. Mais quelqu’un ne semble pas apprécier son retour. Le couple subit un incendie, essuie des coups de fusils. Patrik enquête car quelqu’un menace les nouveaux venus. C’est l’occasion rêvée pour Erika de fouiner comme de coutume, malgré un emploi du temps chargé, des enfants insupportables, une sœur à la dérive. C’est la première intrigue. Seconde étape. Pour ne pas perdre son autre habitude, l’auteure nous sert le récit du passé, celui de la Faiseuse d’anges qui donne son nom au livre. Au début, j’ai cru que c’était une avorteuse professionnelle car c’est bien la définition d’une « faiseuse d’ange ». Est-ce une erreur de traduction ou un choix délibéré car on n’a pas de rebouteuse armée d’une aiguille ou d’instruments pour charcuter les fœtus non désirés. Il s’agit plutôt d’Helga, une femme qui au début des années 1900 garde des enfants dont on ne veut pas. Sauf que les bébés sont enterrés dans le jardin. La police vient arrêter Helga et son mari. Leur enfant, la petite Dagmar est confiée à une famille d’accueil où elle sera abusée sexuellement. Stigmatisée car elle reste pour l’entière communauté la fille de la meurtrière, elle ne parvient pas à faire sa vie. Elle devient femme de chambre chez une riche famille (où au passage, les hommes bénéficient de ses charmes). Un soir, lors d’un bal donné à la villa, elle rencontre un pilote allemand. C’est le coup de foudre pour elle. Elle a une aventure avec bel Herman… qui se révèle être le futur nazi, Göring ! (et en réalité, pas si beau que ça !) Une seule fois torride suffit pour qu’elle tombe enceinte de l’homme qui a disparu. Folle de lui, Dagmar jure de le retrouver coûte que coûte. Elle se croit aimée par l’apollon de service et pas un instant, elle ne croit qu’elle n’est juste qu’une aventure sans lendemain pour lui. Elle l’attend et met au monde Laura, une fille. Avec elle, la pauvre folle amoureuse part à la recherche de Göring. Elle retrouve sa trace dans un hôpital psychiatrique après avoir vu l’épouse de ce dernier. Alors là, l’auteure fait fort : Camilla Läckberg présente Carin Göring comme une simple ménagère trop ordinaire et tout à fait quelconque alors que c’était dans la réalité une riche et belle aristocrate adulée par son entourage et surtout très aimée par son mari. L’auteure fait du tort à la réalité historique en faisant croire à une épouse complètement inutile. Là, dans son roman, le nazi est pourchassé par une femme de chambre devenue vindicative, harceleuse et surtout malade mentalement. Toute sa vie, elle se mettra à courir derrière un rêve et finira par être internée par périodes. Sa fille Laura grandit en famille d’accueil et coupera les ponts avec sa mère qui ne veut pas lâche son amour perdu (et qui crie vengeance contre Carin). Plus raisonnable et plus rationnelle, Laura se marie avec un homme beaucoup plus âgé. Loin d’être amoureuse, elle préfère la stabilité. Voilà pour la seconde intrigue. Troisième étape. Dans les années 1970, la famille Elvander s’installe sur l’île de Välo. Ex militaire, Rune est le chef de famille et s’est remarié avec Inez (avec qui il aura une fille, Ebba) après son veuvage. Avec lui, il y a Claes, Annelie, Johan, les enfants eus avec sa défunte femme Carla. Les deux aînés sont des adolescents méchants et maltraitent la jeune Inez, leur belle-mère. En dehors de Johan, ils lui rendent la vie infernale. Rune Elvander dirige un pensionnat. Dans cette sorte d’internat rigide et sévère, en 1974, cinq garçons passent leurs vacances sur l’île au lieu de partir dans leurs familles. C’est Léon Kreutz, Sébastian Mansson, John Holm, Percy von Bahlm et Josef Meyer. Du jour au lendemain, disparaissent Rune (quinquagénaire), Inez (la vingtaine), Claes (17 ans), Annelie (15 ans), Johan (7 ans). Seule la petite Ebba âgée d’un an est retrouvée vivante. Gösta Flygare enquête à l’époque et garde l’enfant dans l’attente d’une famille d’accueil. La police ne trouve ni corps ni autres survivants. L’affaire est classée. C’est la troisième intrigue. Le lecteur va devoir jongler en parallèle avec ces trois histoires différentes et les confronter avec l’histoire du présent, c’est-à-dire l’enquête. Cette fois-ci, il n’y a pas de meurtre déclencheur à Fjëllbacka, juste des menaces et une tentative de meurtre sur Ebba et Melker qui ne veulent pas abandonner leur foyer sur l’île. Patrik et Erika vont plutôt s’intéresser au cold case. Il faut absolument interroger les témoins du passé pour en savoir plus sur le danger qui plane sur l’héritière de la pension Elvander (Ebba). Les cinq adolescents qui ont grandi vont être interrogés. Personne ne sait rien et il y a un secret en commun. C’est la bonne occasion pour l’auteure d’ajouter des fils d’intrigues secondaires. Le lecteur va prendre connaissance de cinq vies différentes. Marié à Ia, Léon a eu un accident de voiture et est resté paralysé et brûlé. Sebastian est un homme d’affaires peu scrupuleux qui arnaque Percy, châtelain ruiné marié à Pyttan, une dépensière frivole. Josef a une famille stable. John Holm marié à Liv est le président des « Amis de la Suède », un groupe d’extrême droite qui prépare un attentat meurtrier. Tout cela devient très compliqué à suivre. N’oublions pas au passage la vie amoureuse de la sœur d’Erika. Toutes les deux vont se trouver dans les ennuis. Bien sûr, les deux points précis communs aux romans précédents sont toujours là. D’abord, on a les intrigues qui se multiplient embrouillent la clarté et qui perturbent le rythme de lecture. Ensuite, il y a trop de longueurs sur la vie quotidienne des héros et de leur entourage. Avec cela, il y a le cheval de bataille favori de Camilla Läckberg : parler des nazis, dénoncer l’extrême-droite de son pays, et s’inspirer de l’actualité pour comprendre pourquoi tant de violence (elle dit elle-même s’inspirer des attentats d’Oslo et d’Utoya en Norvège). Au passage, elle met en scène Kjell Ringholm, le journaliste chasseur de nazis. A mon avis, tout ça surcharge beaucoup le livre qui oscille déjà entre la Chick lit et Miss Marple d’Agatha Christie grâce à Erika. « La Faiseuse d’anges » n’est pas un roman historique mais une sorte de fourre-tout de thèmes. C’est fatigant. Enfin, pour moi. Pas inintéressant mais épuisant. Il faut s’accrocher.

 

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