vendredi 30 janvier 2026

Le Grimoire perdu des sorcières

Le Grimoire perdu des sorcières

Morgan Ryan

Au début, j’étais un peu perplexe quand j’ai découvert que le roman se situait durant la Seconde Guerre mondiale. Des sorcières anglaises en train d’affronter des sorcières allemandes, d’accord… Il fallait le faire comme absurdité. La première chose à laquelle j’ai pensé, c’est que c’était donner beaucoup trop de pouvoir à Adolf Hitler, vu que nos arrière-grands-parents ont eu besoin de sorcellerie et de magie pour pouvoir le vaincre ! Heureusement que les sorcières ont sauvé le monde de la tyrannie nazie ! Cependant, si on accepte de laisser de côté les faits réels du passé et si on joue le jeu, le livre se lit assez facilement. Il est plaisant. Lydia Polk est une jeune sorcière âgée de 17 ans. Elle travaille à l’Académie des sorcières de Londres dirigée par la grande prêtresse nommée Isadora. Cette dernière veut combattre les nazis. Mais toutes les sorcières ne sont pas d’accord pour s’impliquer dans le conflit. D’ailleurs, elles rejettent l’idée. Elles refusent d’aller récupérer le « Grimorium Belli » très convoité par les sorcières allemandes. Les choses se précipitent avec l’assassinat d’Isadora à l’Académie. Ursula, la sorcière nazie est la meurtrière. En plus, elle a tué Kitty, la meilleure amie de Lydia. Dès lors, les événements s’enchaînent.

Lydia souhaite venger Isadora et Kitty. Elle découvre un trou dans le bouclier de protection de l’école. Quelqu’un de l’intérieur a donc fait entrer Ursula. Lydia soupçonne la doyenne de sorcières, Vivian, qu’elle déteste. Elle préfère Sybil, une gentille sorcière âgée qui désigne Lydia comme la prochaine grande prêtresse. Qui va assurer l’intérim en attendant ? Sybil le fera, d’autant plus que Lydia se sauve en France pour aller récupérer le grimoire maudit avant les sorcières nazies. Si celles-ci mettent la main sur le livre et l’utilisent lors d’une prochaine lune durant un sabbat, ce sera la fin du monde libre. Hitler dominera tous les pays. Alors, Lydia se dévoue. Avec l’aide de Rebecca, une jeune résistante, elle traverse la France en voiture pour se rendre dans un château de Dordogne où sont stockées des œuvres d’art dont le fameux grimoire. Or, le jeune et beau conservateur Herny Boudreaux en a déjà été dépouillé. Malgré ses réticences, il aide Lydia. Les aventures commencent. La gestapo, les sorcières nazies, les résistants et les collabos sont autant d’obstacles sur la course au livre. Lydia finit par le récupérer et se lie à lui par un sort. Sorcière et grimoire ne font qu’un. Elle veut pourtant détruire ce livre. A un certain moment, la sorcière nazie en chef finit par enlever Lydia et Evelyn (la mère de la sorcière). Avec l’aide d’Henry qui vient de la Nouvelle-Orléans et qui connaît tout sur le vaudou, surtout comment communiquer avec les défunts, elle finit par battre les nazies, détruire le livre, tuer Ursula, traduire devant la justice des sorcières la traîtresse Sybil. Bien sûr les fantômes de toutes les sorcières la soutiennent grâce à Henry dont elle est amoureuse. De retour en Angleterre, Lydia devient la grande prêtresse. Les affaires reprennent !

Tout est bien qui finit bien. Le lecteur ne devra pas chercher ici une vérité historique. Il se contentera du côté récréatif de la lecture. Il est évident que ce ne sont pas les sorcières qui ont sauvé notre monde. Le croire serait absurde. Le seul point de réalité, c’est l’intérêt qu’Hitler apportait aux sciences occultes. Il a bien essayé de faire découvrir les secrets de l’ésotérisme à une équipe de scientifiques nazis. Heureusement, leurs recherches ont échoué parce que le surnaturel, la sorcellerie (à part les herbes médicinales parfois efficaces), ça ne marche pas. Le monde l’a échappé belle. Pour résumer, si on admet l’invraisemblance due au genre de la fantasy, le roman se lit vite, est sympathique. Les personnages sont attachants et il y a même l’ébauche d’une love story. A part ça, il ne faut pas prendre pour argent comptant l’histoire avec un grand « H ».

 

mardi 27 janvier 2026

Les Sorcières de Pendle


Les Sorcières de Pendle par Stacey Halls

Au début du XVIIème siècle, la jeune Fleetwood Barton, mariée à Richard Shutterworth ne connaît pas un bonheur parfait même si elle habite un beau château. A juste 17 ans, elle a perdu plusieurs bébés, morts nés. Son mari espère un héritier. Lorsque le roman commence, la jeune femme éprouve une certaine angoisse. Elle a trouvé une lettre du médecin qui avertit son époux de son état grave. Elle découvre que si elle porte à terme sa nouvelle grossesse, elle mourra. Désemparée par cette information qu’elle n’aurait jamais dû lire, elle soupçonne Richard qui semble indifférent et distant. Pourquoi l’a-t-il mise enceinte alors qu’elle risque sa vie ? Souffrante, Fleetwood a peur mais ne veut pas s’avouer vaincue. Il lui faut trouver une sage-femme de confiance. Alors qu’elle se trouve dans la forêt sur son domaine, elle croise une certaine Alice Gray. Le premier contact n’est pas agréable, d’autant plus que l’inconnue au caractère « sauvage » semble braconner sur les terres des Shutterworth. Pourtant, peu à peu, les deux femmes finissent par s’entendre. Alice est une guérisseuse et soigne Fleetwood qui dépérissait. Mais dans la région du Lancashire, la chasse aux sorcières sévit. Sur dénonciations, de pauvres femmes sont accusées et condamnées à mort. Leurs torts sont d’être des sage-femmes, des guérisseuses, des femmes démunies. Un ami de la famille des châtelains de Gawthorpe Hall, un homme âgé du nom de Roger (qui représente une figure paternelle de confiance pour Richard), s’implique dans cette traque sans merci. Il s’acharne à poursuivre les malheureuses qui sont calomniées et qui sont sans défense face à la justice qu’il représente. Au moment où il s’en prend à Alice Gray, Fleetwood décide de la défendre, au risque de sa propre vie. Prête à affronter tous les dangers, elle n’hésite pas à braver le péril.

La situation de Fleetwood est précaire. Richard paraît vraiment la délaisser. Il s’occupe plus de son nouveau faucon venu de Turquie à dresser que de son épouse qui a pourtant besoin de lui. Malade, elle reste dans sa chambre avec Puck, son chien (un mastiff). Elle ne peut pas compter sur sa mère, Mme Barton, une veuve très sévère qui la maltraite moralement. Pour la femme, la jeune fille ne fait jamais rien de bien. Elle ne donne pas d’héritier à son mari qui a pourtant pris sa dot. Il faut savoir que la mère l’a mariée à l’âge de quatre ans à un trentenaire avant de faire annuler ce mariage. Quelle idée de livrer sa fillette en pâture à un violeur pédophile qui a abusé d’elle ? A quoi s’attendait-elle ? L’auteure aurait pu se passer de ce genre de détail. Mère trop autoritaire et fille oppressée ne s’entendent pas. Alors, quand Alice Gray arrive pour l’aider, Fleetwood se sent soutenue. Elle va mieux et l’espoir reprend. Cependant, elle découvre dans le livre de comptes de l’intendant du château des frais pour une licence de mariage et des achats de savons pour l’ancienne maison de sa mère. Lorsqu’elle se rend au domaine Barton, elle y voit une femme enceinte. C’est la maîtresse de son mari qui attend un héritier. Horrifiée, Fleetwood se sauve car elle suspecte son mari d’attendre sa mort pour se remarier. Elle s’en va chez sa mère avec Alice. Son mari vient la récupérer. Réticente à partir, Fleetwood accepte à la condition que sa sage-femme soit protégée. Mais parce que la jeune femme est recherchée à la suite d’accusations de la part de gens médisants, Roger en profite pour l’arrêter. Dès lors, trahie par son époux, par l’ami de la famille, par son entourage, Fleetwood voit rouge. Malgré son état de santé et sa grossesse, elle chevauche, remue ciel et terre auprès des autorités, risque sa propre vie. Lorsque Roger amène Judith, la maîtresse enceinte de Richard a une représentation théâtrale privée, elle se sent acculée. C’est de la provocation. Bien sûr, le mari est embarrassé. Mais l’homme qui chasse les sorcières ne s’arrête pas là. Il ne veut pas libérer Alice et ne se contente pas d’elle. Il lui faut une victime supplémentaire à condamner à mort. Au moment où Roger menace Fleetwood, Richard réagit. Il comprend que sa femme est en danger. Il s’arrange pour sortir Alice de prison afin qu’elle aide Fleetwood à donner naissance à Richard junior. Ensuite, le quiproquo se dissipe. Richard n’attendait pas la mort de sa femme malade. Il s’est laissé tenter par Judith, une parente de Roger qui était le véritable manipulateur de service. La licence de mariage était pour un autre parent. Richard coupe les ponts avec l’inquisiteur, éloigne Judith et s’occupe de sa femme qui aura un second enfant, Nicholas. Alice est sauvée mais quitte la région. On ne sait pas ce qui lui arrive mais au moins, elle est en sécurité ailleurs.

Tout est bien qui finit bien dans ce roman sympathique qui réserve des moments de suspens. En effet, dès le début, le lecteur craint la menace permanente qui plane sur la tête de Fleetwood. Surtout, la menace réelle au XVIIème siècle de se faire accuser de sorcellerie est mentionnée dans le livre qui évoque les mauvais traitements de la justice, les abus contre les femmes en Angleterre (mais dans toute l’Europe, c’était pareil). L’auteure indique avoir été inspirée par le véritable procès des sorcières de Pendle. Malheureusement, l’affaire est bien réelle. Des femmes sont mortes injustement. En plus, un couple du nom de Richard et Fleetwood Shutterworth a bien existé, tout comme Alice Gray, accusée de sorcellerie, emprisonnée et la seule libérée. Ceci donne une plus grande ampleur au récit romancé. J’ai apprécié le livre et je le conseille. La seule chose qui m’a moins plu, c’est le prénom de l’héroïne. J’ai cru que l’auteure l’avait inventé (et comme je ne suis pas anglophone, j’ai trouvé que ça sonnait mal). Mais quand on sait qu’autrefois une femme a vraiment porté ce prénom, tout s’explique. Personne n’est parfait.

 

dimanche 25 janvier 2026

Le Templier de l'ombre tome 2

 Le Templier de l'ombre tome 2 par Mireille Calmel

 

« Oyez, oyez !!! Lecteurs, vous qui espérez apprendre quelque chose sur l’histoire médiévale en lisant le second tome de ce livre, passez votre chemin une nouvelle fois… »

Puisque j’ai lu la deuxième partie du livre de Mireille Calmel, autant en faire le commentaire.

Deux ans après son affreuse aventure qui a changé son existence de façon dramatique, Margaux de Dente revient sur scène. Mariée avec Michel, elle attend leur enfant. Leurs malheurs semblent terminés. Or, il n’en est rien du tout. Sa demeure est incendiée, son mari disparaît, un homme la sauve de du feu et l’entraîne sous les grottes. Là, elle accouche et son sauveur la laisse après lui avoir enlevé son bébé, une petite fille. Dès le départ de l’inconnu, elle donne naissance à sa deuxième fille qu’elle nomme Anne. Dès lors, elle n’a plus qu’une seule idée en tête, retrouver sa fille qu’elle appelle Lucia en souvenir de sa mère. Voilà pour l’intrigue principale qui va bien sûr se compliquer. Et là, le lecteur peut avoir une impression de déjà-vu. Pour commencer, Margaux est toujours la narratrice omnisciente qui dit : « je ». Son ancien ton de quinquagénaire reste. Pourtant, elle est censée avoir moins de vingt ans. Ensuite, elle nous raconte sa quête. Epuisée par son accouchement, ruinée, elle s’en va dans la nature enneigée affronter le froid, la faim, les animaux féroces, les souterrain et les grottes du beau pays Cathare, les ennemis et tous les dangers. C’est donc reparti pour un tour. De plus, Michel son époux a un comportement très étrange. Au lieu de l’aider dans sa quête, il l’entrave. Elle finit par comprendre que l’inconnu qui lui a pris son enfant est le cinquième templier, celui qui était le complice. Et son époux n’est pas innocent. Tout reprend comme dans le tome un, avec la même dynamique. Margaux enquête, cherche des solutions, soupçonne tout le monde, y compris sa tante Camille à qui elle ne fait pas confiance. La situation est de plus en plus confuse.

Le roman traite encore de vengeance reliée au passé des jumelles Dente qui a eu lieu avant le viol et les mutilations faites par leurs quatre bourreaux. Adolescentes, les jeunes filles cathares avaient été envoyées au service d’un seigneur afin de rencontrer des nobles célibataires dans le but de trouver un mari. Cela marche pour Lucia. Camille tombe amoureuse d’un chevalier peu recommandable. Malgré les avertissements de son père qui la met en garde, elle a des relations avec son aimé. Or, un soir, Lucia se rend au château. L’homme la prend pour Camille et s’attend à coucher avec elle. Lucia le repousse et est violée. Pour se venger, elle castre son violeur en lui coupant ses attributs (et les emporte). C’est le début de la féroce haine qui déclenchera tous les malheurs successifs entrevus au tome 1 et qui se poursuivent au tome 2. Le templier de l’ombre a perdu sa virilité et pour se venger, il tue tous les témoins sur son passage. Il enlève Lucia, le bébé de Margaux de Dente. Mieux, il oblige Michel qui est à sa solde de lui remettre son autre fille Anne. Au fur et à mesure, Margaux découvre la vérité. Le templier s’appelle Othon d’Aure et était l’amant de Camille. C’est lui qui a violé Lucia et qui s’est fait castrer. Pourtant, il a une descendance. Michel qui avait été adopté par Roger d’Axat est son fils eu avec Camille. Les jumelles de Margaux sont ses petites-filles. Margaux se lance à la poursuite de l’assassin. Lorsque Michel découvre l’identité de sa mère, il la tue, peut-être de façon accidentelle (mais ce n’est pas clair dans le livre). Il fuit. Margaux poursuivra sa quête.

Le tome se fonde sur une vengeance liée au passé. A la base, l’intrigue pourrait être intéressante. Mais elle est toujours présentée de manière très confuse. L’auteure veut écrire la suite de son thriller historique. Seulement, à force de vouloir créer le suspens, tout reste incompréhensible. Aussi perturbée que le lecteur qui ne sait pas où il va, Margaux essaie de reconstituer le puzzle. Les éléments s’accumulent et ajoutent à la confusion. Il est facile de se perdre. L’essentiel du roman décrit la course poursuite de la jeune mère à travers la nature enneigée, les souterrains, les cavernes et les galeries sous terre de la région. C’est long, très pénible. Le périple au milieu des éléments hostiles, les souffrances physiques et morales de Margaux sont décrites. Pour ça, on les vit avec elle et c’est déplaisant. C’est exactement comme dans le premier tome. Le roman continue à être pessimiste. Malheureusement, les invraisemblances arrivent toujours dans l’ambiance déprimante.

Pour commencer, la première et principale incohérence reste le ton de Margaux qui est celui d’une personne âgée. Le pire est l’histoire de la mutilation du violeur. L’auteure qui ajoute une biographie de références sur la période traitée n’a pas bien relu ses livres de médecine ancienne. Faut-il préciser qu’à l’époque, la survie aux blessures reste aléatoire ? Comment penser qu’un homme qui subit une mutilation terrible puisse survivre ? Lucia tranche les testicules et la verge d’Othon d’Aure après avoir été violée. Elle emporte son trophée. Normalement, le blessé subit une hémorragie. Qui s’occupe de lui ? Que fait-on ? On le cautérise ? On fait des points de suture ? On met des pansements ? Et les risques de septicémie ? La médecine médiévale a déjà beaucoup de mal à guérir les blessés de guerre. Peu survivent en général. Comment cet homme survit-il ? Dans le roman, il y a un miracle, visiblement.

L’auteure ambitionne d’écrire une suite palpitante pour son thriller historique. Mais l’équilibre entre la narration romanesque et l’histoire des templiers ne se réalise toujours pas. Non seulement c’est incomplet, peu clair mais c’est beaucoup trop lourd, encombré de détails inutiles pour faire « plus médiéval ». On a toujours la bibliographie qui suit le roman. Mireille Calmet n’écrit pas une thèse pour devoir citer ses références ou ses citations et justifier de ses affirmations. C’est donc superflu. De plus, le lecteur qui s’intéresse à la période historique peut trouver facilement des ouvrages très bien faits sur la question. Au lieu de la bibliographie, le lecteur aimerait plutôt avoir la fin de l’histoire. Quand s’achève le second tome, de nombreuses questions restent en suspens. Pour commencer, Michel est un personnage mystérieux, euphémisme pour dire qu’il est louche, incompréhensible. Jaloux, aussi peu sympathique de Margaux, il n’a pas confiance en lui et pense toujours que sa femme aime Gabriel, le fils de Théophraste. Ce nouveau personnage non mentionné dans le premier tome sort du chapeau d’un magicien. Il répète l’histoire de Camille, mariée, veuve et amoureuse de Théophraste. Margaux aime Gabriel mais veut rester loyale à Michel qui semble un traître. Le tome 2 n’apporte aucune conclusion. Les dernières pages se terminent avec des incertitudes. Camille morte, les jumelles enlevées, Othon et son fils Michel en fuite, Margaux enragée… La course poursuite continuera dans un troisième tome. Mais ce sera sans moi.

 

 

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