Brins de magie et village maudit
Jennifer Joffre
Léna Venouge est une jeune magicienne qui fréquente une école de magie. Elle doit passer un stage d’un mois durant ses vacances. Elle est envoyée dans le village fictif de Parduguy, lieu où toutes ses camarades de classe redoutent d’aller. Quelle chance ! La jeune fille va servir d’assistante à Mézélda Tusset, une « dénoueuse ». La jeune femme est chargée de résoudre des petits problèmes magiques. Au fur et à mesure, Léna découvre un petit village caractéristique avec des gens sympathiques. Mais elle se rend compte aussi que la jeune Mézélda n’est pas celle qu’elle prétend. C’est une inconnue qui a pris la place de la véritable « dénoueuse » qui a disparu. Léna est tentée de la dénoncer à son école pour imposture. Mais en même temps, elle voit bien que les villageois et les êtres surnaturels savent très bien que Mézélda n’est pas la véritable dénoueuse qui s’appelle Sophie Tusset. D’ailleurs, ils la préfèrent de loin.
Au début, avant de voir que le livre serait destiné à la jeunesse selon les commentaires sur Internet, je me suis demandé à quel public il pouvait bien s’adresser. Si l’auteure cible des lecteurs âgés de dix à 12 ans, c’est raté. Dans ce cas, le texte est beaucoup trop long et surtout le langage et le vocabulaire incompréhensible pour des collégiens, même pour les très bons lecteurs (dans cette catégorie). En revanche, pour un adulte qui ne se contente pas d’une petite histoire aussi simple, voire simplette, c’est vraiment mièvre, très « gnan-gnan ». Le titre « Brin de magie et village maudit » ne répond à aucune expectative. Il laisse imaginer tout autre chose. L’adulte est forcément déçu car on est loin des malédictions redoutables et la magie n’est pas celle qu’on attend. Ici, on est même plus proche de l’ouvrage de développement personnel que des aventures fantastiques espérées. Pour commencer, l’intrigue comprend très peu d’action et ne suscite pas l’intérêt (surtout pour un lecteur adulte). Pour expliquer ce qui ne va pas, il faut pouvoir raconter un peu l’histoire.
Le livre repose sur l’invention d’une société qui mêle des magiciens, des farfadets nommés « fadets », des trolls et des « insensitifs », c’est-à-dire des humains non dotés de pouvoirs magiques. On ne sait pas où tout ce joli monde vit. Peut-être en France. Peu importe, on admettra qu’on est dans le surnaturel. L’intrigue est simple : une adolescente va faire son stage chez une usurpatrice. On ne sait pas ce qui est arrivé à la maîtresse de stage puisqu’elle a disparu. Au lieu de la chercher, Mézelda Fiboni prend sa place et réussit à se faire adopter par tout le village d’humains sans pouvoirs. Désordonnée, franche, sympathique, elle ne plait pourtant pas à Léna qui au lieu de s’adapter pense surtout comme une mamie rigide. Mézelda ne respecte pas les règles, donc il faut la dénoncer et la punir. Que penseront les autres, c’est-à-dire l’autorité des magiciens, etc. ? Au lieu d’apprécier son séjour Léna pense et juge trop. Pendant plus d’une centaine de pages, on a la description du quotidien de Mézelda. Elle aide Marco qui s’est fait transformer en mamie par des étudiants magiciens, répare la farce d’un fadet qui a rendue blanche la laine de moutons multicolores, sauve Camille le vampire d’une admiratrice qui le harcèle, et tout ça sans jamais user de magie puisqu’elle n’a pas de pouvoir. Léna est toujours à deux doigts de la dénoncer. Mais elle finit par se calmer lorsqu’elle découvre une lettre de sa mère (qui fait partie de l’autorité) qui demande l’indulgence à Magistra Tusset. Léna découvre qu’elle n’a aucun pouvoir et que sa magie vient juste d’une tricherie instaurée par ses parents qui n’osent pas le lui dire. C’est la douche froide. L’adolescente égoïste consent alors à comprendre un peu la situation de Mézelda. Au moment où un troll attaque leur havre de paix pour s’emparer de toute la nature, il y a enfin un peu d’action dans le livre. L’arrivée de Magistra Héron pour une inspection de stage complique les choses. La dame ronde que Léna compare à une théière découvre le pot aux roses : l’imposture de Mézelda, la complicité du village qui l’accepte, des farfadets qui la préfèrent et collaborent avec elle, l’erreur de la véritable Magistra Tusset qui a fait venir le troll d’une autre dimension (et qui y est restée prisonnière). C’est beaucoup pour une fin de roman où tout se précipite. Bien évidemment, tout est bien qui finit bien. Mézelda n’est pas punie, Léna termine son stage, Magistra Tusset comprend son erreur. C’est bien l’issue que l’on attend quand on lit un livre pour les enfants. On peut se poser la question de savoir si tout est mauvais. Non. L’auteure veut faire passer un message de gentillesse, de solidarité, de bienveillance. Pour peu on se croirait dans un manuel pour apprendre à mieux vivre avec les autres. Léna qui est (mine de rien) très intolérante comprend qu’on a besoin des autres et qu’il ne faut pas juger. Malheureusement, le personnage n’est pas attachant malgré les efforts. Pour ma part, je me suis surprise à penser : « Laurent Gounelle (et les autres écrivains comme lui) sors du corps de Jennifer Joffre ! » tellement j’y voyais des conseils et des leçons cachées. Mais quel ennui !
Je ne connaissais pas le « cosy fantasy ». D’ailleurs, je ne savais même pas que ça existait. Ça manquait à ma culture. Si « Brins de magie et village maudit » en est un véritable exemple, maintenant, c’est chose faite : ma lacune est comblée. Je peux remercier l’auteure car grâce à elle, je découvre que je suis peu amatrice de ce sous-genre. Malgré tout, je ne vais pas me montrer trop sévère même si j’ai révélé mon opinion personnelle. Ce livre dont je n’ai pas du tout apprécié la lecture peut plaire à d’autres. Oui, oui, la magie est en soi. Grâce à Mézelda, mézigue l’a enfin compris.