lundi 2 février 2026

Brins de magie et village maudit

Brins de magie et village maudit

Jennifer Joffre

Léna Venouge est une jeune magicienne qui fréquente une école de magie. Elle doit passer un stage d’un mois durant ses vacances. Elle est envoyée dans le village fictif de Parduguy, lieu où toutes ses camarades de classe redoutent d’aller. Quelle chance ! La jeune fille va servir d’assistante à Mézélda Tusset, une « dénoueuse ». La jeune femme est chargée de résoudre des petits problèmes magiques. Au fur et à mesure, Léna découvre un petit village caractéristique avec des gens sympathiques. Mais elle se rend compte aussi que la jeune Mézélda n’est pas celle qu’elle prétend. C’est une inconnue qui a pris la place de la véritable « dénoueuse » qui a disparu. Léna est tentée de la dénoncer à son école pour imposture. Mais en même temps, elle voit bien que les villageois et les êtres surnaturels savent très bien que Mézélda n’est pas la véritable dénoueuse qui s’appelle Sophie Tusset. D’ailleurs, ils la préfèrent de loin.

Au début, avant de voir que le livre serait destiné à la jeunesse selon les commentaires sur Internet, je me suis demandé à quel public il pouvait bien s’adresser. Si l’auteure cible des lecteurs âgés de dix à 12 ans, c’est raté. Dans ce cas, le texte est beaucoup trop long et surtout le langage et le vocabulaire incompréhensible pour des collégiens, même pour les très bons lecteurs (dans cette catégorie). En revanche, pour un adulte qui ne se contente pas d’une petite histoire aussi simple, voire simplette, c’est vraiment mièvre, très « gnan-gnan ». Le titre « Brin de magie et village maudit » ne répond à aucune expectative. Il laisse imaginer tout autre chose. L’adulte est forcément déçu car on est loin des malédictions redoutables et la magie n’est pas celle qu’on attend. Ici, on est même plus proche de l’ouvrage de développement personnel que des aventures fantastiques espérées. Pour commencer, l’intrigue comprend très peu d’action et ne suscite pas l’intérêt (surtout pour un lecteur adulte). Pour expliquer ce qui ne va pas, il faut pouvoir raconter un peu l’histoire.

Le livre repose sur l’invention d’une société qui mêle des magiciens, des farfadets nommés « fadets », des trolls et des « insensitifs », c’est-à-dire des humains non dotés de pouvoirs magiques. On ne sait pas où tout ce joli monde vit. Peut-être en France. Peu importe, on admettra qu’on est dans le surnaturel. L’intrigue est simple : une adolescente va faire son stage chez une usurpatrice. On ne sait pas ce qui est arrivé à la maîtresse de stage puisqu’elle a disparu. Au lieu de la chercher, Mézelda Fiboni prend sa place et réussit à se faire adopter par tout le village d’humains sans pouvoirs. Désordonnée, franche, sympathique, elle ne plait pourtant pas à Léna qui au lieu de s’adapter pense surtout comme une mamie rigide. Mézelda ne respecte pas les règles, donc il faut la dénoncer et la punir. Que penseront les autres, c’est-à-dire l’autorité des magiciens, etc. ? Au lieu d’apprécier son séjour Léna pense et juge trop. Pendant plus d’une centaine de pages, on a la description du quotidien de Mézelda. Elle aide Marco qui s’est fait transformer en mamie par des étudiants magiciens, répare la farce d’un fadet qui a rendue blanche la laine de moutons multicolores, sauve Camille le vampire d’une admiratrice qui le harcèle, et tout ça sans jamais user de magie puisqu’elle n’a pas de pouvoir. Léna est toujours à deux doigts de la dénoncer. Mais elle finit par se calmer lorsqu’elle découvre une lettre de sa mère (qui fait partie de l’autorité) qui demande l’indulgence à Magistra Tusset. Léna découvre qu’elle n’a aucun pouvoir et que sa magie vient juste d’une tricherie instaurée par ses parents qui n’osent pas le lui dire. C’est la douche froide. L’adolescente égoïste consent alors à comprendre un peu la situation de Mézelda. Au moment où un troll attaque leur havre de paix pour s’emparer de toute la nature, il y a enfin un peu d’action dans le livre. L’arrivée de Magistra Héron pour une inspection de stage complique les choses. La dame ronde que Léna compare à une théière découvre le pot aux roses : l’imposture de Mézelda, la complicité du village qui l’accepte, des farfadets qui la préfèrent et collaborent avec elle, l’erreur de la véritable Magistra Tusset qui a fait venir le troll d’une autre dimension (et qui y est restée prisonnière). C’est beaucoup pour une fin de roman où tout se précipite. Bien évidemment, tout est bien qui finit bien. Mézelda n’est pas punie, Léna termine son stage, Magistra Tusset comprend son erreur. C’est bien l’issue que l’on attend quand on lit un livre pour les enfants. On peut se poser la question de savoir si tout est mauvais. Non. L’auteure veut faire passer un message de gentillesse, de solidarité, de bienveillance. Pour peu on se croirait dans un manuel pour apprendre à mieux vivre avec les autres. Léna qui est (mine de rien) très intolérante comprend qu’on a besoin des autres et qu’il ne faut pas juger. Malheureusement, le personnage n’est pas attachant malgré les efforts. Pour ma part, je me suis surprise à penser : « Laurent Gounelle (et les autres écrivains comme lui) sors du corps de Jennifer Joffre ! » tellement j’y voyais des conseils et des leçons cachées. Mais quel ennui !

Je ne connaissais pas le « cosy fantasy ». D’ailleurs, je ne savais même pas que ça existait. Ça manquait à ma culture. Si « Brins de magie et village maudit » en est un véritable exemple, maintenant, c’est chose faite : ma lacune est comblée. Je peux remercier l’auteure car grâce à elle, je découvre que je suis peu amatrice de ce sous-genre. Malgré tout, je ne vais pas me montrer trop sévère même si j’ai révélé mon opinion personnelle. Ce livre dont je n’ai pas du tout apprécié la lecture peut plaire à d’autres. Oui, oui, la magie est en soi. Grâce à Mézelda, mézigue l’a enfin compris.

 

vendredi 30 janvier 2026

Le Grimoire perdu des sorcières

Le Grimoire perdu des sorcières

Morgan Ryan

Au début, j’étais un peu perplexe quand j’ai découvert que le roman se situait durant la Seconde Guerre mondiale. Des sorcières anglaises en train d’affronter des sorcières allemandes, d’accord… Il fallait le faire comme absurdité. La première chose à laquelle j’ai pensé, c’est que c’était donner beaucoup trop de pouvoir à Adolf Hitler, vu que nos arrière-grands-parents ont eu besoin de sorcellerie et de magie pour pouvoir le vaincre ! Heureusement que les sorcières ont sauvé le monde de la tyrannie nazie ! Cependant, si on accepte de laisser de côté les faits réels du passé et si on joue le jeu, le livre se lit assez facilement. Il est plaisant. Lydia Polk est une jeune sorcière âgée de 17 ans. Elle travaille à l’Académie des sorcières de Londres dirigée par la grande prêtresse nommée Isadora. Cette dernière veut combattre les nazis. Mais toutes les sorcières ne sont pas d’accord pour s’impliquer dans le conflit. D’ailleurs, elles rejettent l’idée. Elles refusent d’aller récupérer le « Grimorium Belli » très convoité par les sorcières allemandes. Les choses se précipitent avec l’assassinat d’Isadora à l’Académie. Ursula, la sorcière nazie est la meurtrière. En plus, elle a tué Kitty, la meilleure amie de Lydia. Dès lors, les événements s’enchaînent.

Lydia souhaite venger Isadora et Kitty. Elle découvre un trou dans le bouclier de protection de l’école. Quelqu’un de l’intérieur a donc fait entrer Ursula. Lydia soupçonne la doyenne de sorcières, Vivian, qu’elle déteste. Elle préfère Sybil, une gentille sorcière âgée qui désigne Lydia comme la prochaine grande prêtresse. Qui va assurer l’intérim en attendant ? Sybil le fera, d’autant plus que Lydia se sauve en France pour aller récupérer le grimoire maudit avant les sorcières nazies. Si celles-ci mettent la main sur le livre et l’utilisent lors d’une prochaine lune durant un sabbat, ce sera la fin du monde libre. Hitler dominera tous les pays. Alors, Lydia se dévoue. Avec l’aide de Rebecca, une jeune résistante, elle traverse la France en voiture pour se rendre dans un château de Dordogne où sont stockées des œuvres d’art dont le fameux grimoire. Or, le jeune et beau conservateur Herny Boudreaux en a déjà été dépouillé. Malgré ses réticences, il aide Lydia. Les aventures commencent. La gestapo, les sorcières nazies, les résistants et les collabos sont autant d’obstacles sur la course au livre. Lydia finit par le récupérer et se lie à lui par un sort. Sorcière et grimoire ne font qu’un. Elle veut pourtant détruire ce livre. A un certain moment, la sorcière nazie en chef finit par enlever Lydia et Evelyn (la mère de la sorcière). Avec l’aide d’Henry qui vient de la Nouvelle-Orléans et qui connaît tout sur le vaudou, surtout comment communiquer avec les défunts, elle finit par battre les nazies, détruire le livre, tuer Ursula, traduire devant la justice des sorcières la traîtresse Sybil. Bien sûr les fantômes de toutes les sorcières la soutiennent grâce à Henry dont elle est amoureuse. De retour en Angleterre, Lydia devient la grande prêtresse. Les affaires reprennent !

Tout est bien qui finit bien. Le lecteur ne devra pas chercher ici une vérité historique. Il se contentera du côté récréatif de la lecture. Il est évident que ce ne sont pas les sorcières qui ont sauvé notre monde. Le croire serait absurde. Le seul point de réalité, c’est l’intérêt qu’Hitler apportait aux sciences occultes. Il a bien essayé de faire découvrir les secrets de l’ésotérisme à une équipe de scientifiques nazis. Heureusement, leurs recherches ont échoué parce que le surnaturel, la sorcellerie (à part les herbes médicinales parfois efficaces), ça ne marche pas. Le monde l’a échappé belle. Pour résumer, si on admet l’invraisemblance due au genre de la fantasy, le roman se lit vite, est sympathique. Les personnages sont attachants et il y a même l’ébauche d’une love story. A part ça, il ne faut pas prendre pour argent comptant l’histoire avec un grand « H ».

 

mardi 27 janvier 2026

Les Sorcières de Pendle


Les Sorcières de Pendle par Stacey Halls

Au début du XVIIème siècle, la jeune Fleetwood Barton, mariée à Richard Shutterworth ne connaît pas un bonheur parfait même si elle habite un beau château. A juste 17 ans, elle a perdu plusieurs bébés, morts nés. Son mari espère un héritier. Lorsque le roman commence, la jeune femme éprouve une certaine angoisse. Elle a trouvé une lettre du médecin qui avertit son époux de son état grave. Elle découvre que si elle porte à terme sa nouvelle grossesse, elle mourra. Désemparée par cette information qu’elle n’aurait jamais dû lire, elle soupçonne Richard qui semble indifférent et distant. Pourquoi l’a-t-il mise enceinte alors qu’elle risque sa vie ? Souffrante, Fleetwood a peur mais ne veut pas s’avouer vaincue. Il lui faut trouver une sage-femme de confiance. Alors qu’elle se trouve dans la forêt sur son domaine, elle croise une certaine Alice Gray. Le premier contact n’est pas agréable, d’autant plus que l’inconnue au caractère « sauvage » semble braconner sur les terres des Shutterworth. Pourtant, peu à peu, les deux femmes finissent par s’entendre. Alice est une guérisseuse et soigne Fleetwood qui dépérissait. Mais dans la région du Lancashire, la chasse aux sorcières sévit. Sur dénonciations, de pauvres femmes sont accusées et condamnées à mort. Leurs torts sont d’être des sage-femmes, des guérisseuses, des femmes démunies. Un ami de la famille des châtelains de Gawthorpe Hall, un homme âgé du nom de Roger (qui représente une figure paternelle de confiance pour Richard), s’implique dans cette traque sans merci. Il s’acharne à poursuivre les malheureuses qui sont calomniées et qui sont sans défense face à la justice qu’il représente. Au moment où il s’en prend à Alice Gray, Fleetwood décide de la défendre, au risque de sa propre vie. Prête à affronter tous les dangers, elle n’hésite pas à braver le péril.

La situation de Fleetwood est précaire. Richard paraît vraiment la délaisser. Il s’occupe plus de son nouveau faucon venu de Turquie à dresser que de son épouse qui a pourtant besoin de lui. Malade, elle reste dans sa chambre avec Puck, son chien (un mastiff). Elle ne peut pas compter sur sa mère, Mme Barton, une veuve très sévère qui la maltraite moralement. Pour la femme, la jeune fille ne fait jamais rien de bien. Elle ne donne pas d’héritier à son mari qui a pourtant pris sa dot. Il faut savoir que la mère l’a mariée à l’âge de quatre ans à un trentenaire avant de faire annuler ce mariage. Quelle idée de livrer sa fillette en pâture à un violeur pédophile qui a abusé d’elle ? A quoi s’attendait-elle ? L’auteure aurait pu se passer de ce genre de détail. Mère trop autoritaire et fille oppressée ne s’entendent pas. Alors, quand Alice Gray arrive pour l’aider, Fleetwood se sent soutenue. Elle va mieux et l’espoir reprend. Cependant, elle découvre dans le livre de comptes de l’intendant du château des frais pour une licence de mariage et des achats de savons pour l’ancienne maison de sa mère. Lorsqu’elle se rend au domaine Barton, elle y voit une femme enceinte. C’est la maîtresse de son mari qui attend un héritier. Horrifiée, Fleetwood se sauve car elle suspecte son mari d’attendre sa mort pour se remarier. Elle s’en va chez sa mère avec Alice. Son mari vient la récupérer. Réticente à partir, Fleetwood accepte à la condition que sa sage-femme soit protégée. Mais parce que la jeune femme est recherchée à la suite d’accusations de la part de gens médisants, Roger en profite pour l’arrêter. Dès lors, trahie par son époux, par l’ami de la famille, par son entourage, Fleetwood voit rouge. Malgré son état de santé et sa grossesse, elle chevauche, remue ciel et terre auprès des autorités, risque sa propre vie. Lorsque Roger amène Judith, la maîtresse enceinte de Richard a une représentation théâtrale privée, elle se sent acculée. C’est de la provocation. Bien sûr, le mari est embarrassé. Mais l’homme qui chasse les sorcières ne s’arrête pas là. Il ne veut pas libérer Alice et ne se contente pas d’elle. Il lui faut une victime supplémentaire à condamner à mort. Au moment où Roger menace Fleetwood, Richard réagit. Il comprend que sa femme est en danger. Il s’arrange pour sortir Alice de prison afin qu’elle aide Fleetwood à donner naissance à Richard junior. Ensuite, le quiproquo se dissipe. Richard n’attendait pas la mort de sa femme malade. Il s’est laissé tenter par Judith, une parente de Roger qui était le véritable manipulateur de service. La licence de mariage était pour un autre parent. Richard coupe les ponts avec l’inquisiteur, éloigne Judith et s’occupe de sa femme qui aura un second enfant, Nicholas. Alice est sauvée mais quitte la région. On ne sait pas ce qui lui arrive mais au moins, elle est en sécurité ailleurs.

Tout est bien qui finit bien dans ce roman sympathique qui réserve des moments de suspens. En effet, dès le début, le lecteur craint la menace permanente qui plane sur la tête de Fleetwood. Surtout, la menace réelle au XVIIème siècle de se faire accuser de sorcellerie est mentionnée dans le livre qui évoque les mauvais traitements de la justice, les abus contre les femmes en Angleterre (mais dans toute l’Europe, c’était pareil). L’auteure indique avoir été inspirée par le véritable procès des sorcières de Pendle. Malheureusement, l’affaire est bien réelle. Des femmes sont mortes injustement. En plus, un couple du nom de Richard et Fleetwood Shutterworth a bien existé, tout comme Alice Gray, accusée de sorcellerie, emprisonnée et la seule libérée. Ceci donne une plus grande ampleur au récit romancé. J’ai apprécié le livre et je le conseille. La seule chose qui m’a moins plu, c’est le prénom de l’héroïne. J’ai cru que l’auteure l’avait inventé (et comme je ne suis pas anglophone, j’ai trouvé que ça sonnait mal). Mais quand on sait qu’autrefois une femme a vraiment porté ce prénom, tout s’explique. Personne n’est parfait.

 

Cours complet de chiromancie

Brins de magie et village maudit

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