La
Sorcière
« La
Sorcière » est le premier livre de Camilla Läckberg que j’ai lu. Le 15
octobre 2022, j’avais écrit le commentaire suivant sur un réseau social consacré à la lecture et à la critique littéraire :
« Elin
i Horsnäs et Märet Jonsdotter... Ces deux noms ne disent pas grand-chose aux
lecteurs d'aujourd'hui. Ce sont ceux de deux femmes accusées de sorcellerie au
XVIIème siècle en Suède (et bien sûr exécutées de façon barbare). Ces deux
femmes réelles deviennent une seule, Elin Jonsdotter, la sorcière du livre de
Camilla Läckberg. Même si j'ai aimé le livre, j'ai eu du mal à voir où
l'autrice voulait en venir car elle découpe et présente ses histoires de
manière un peu décousue. Nous avons en parallèle le retour de Marie Walls dans
son bourg natal et la résurrection d'un fait divers auquel elle a été liée
trente ans auparavant. L'actrice hollywoodienne s'était accusée du meurtre de
la petite Stella, 4 ans, avec son amie Helen. Revenue en Suède, l'histoire
recommence : Nea, 4 ans meurt également. Tous les yeux se tournent donc vers
Marie et Helen qui avaient 13 ans à l'époque de leurs aveux... Puis, nous avons
l'histoire de réfugiés syriens qui vivent non loin. Il n'est pas difficile de
comprendre qu'ils vont servir de boucs émissaires avec toutes les histoires de
racisme (et ça, c'est un thème déjà vu). On a aussi le quotidien
"gnan-gnan" du couple Erica (l'écrivain qui se prend pour détective
privé) et Patrick (son mari policier). On a aussi droit aux préparations du
mariage de Kristina, la mère de Patrick, les mystères qui tournent autour de la
sœur d'Erica, Anna (enceinte jusqu'aux yeux). On a l'idylle entre Sam (fils
d'Helen et de son mari James, un affreux militaire) et Jessie (la fille mal aimée
de Marie). Avec cela, il y a toute une bande d'adolescents affreux et
harceleurs. Et puis, il y a l'histoire de Elin, entre 1671 et 1672. Toutes ces
histoires se succèdent, coupées les unes par les autres. A part les petites
histoires gentillettes liées à Erica, tout se passe mal : Elin sera exécutée,
il y aura un massacre parmi les jeunes (inspiré d'un fait divers d'actualité en
Suède en 2015), des histoires d'amour entre personnes du même sexe contrariés.
L'autrice fait feu de tout bois et écrit un roman méli-mélo. C'est sympathique,
mais en même temps, cette véritable sorcière semble arriver comme un cheveu sur
la soupe. On a du mal à comprendre que le livre tourne autour des chasses aux
sorcières (homosexualité, immigration, présumés coupables...) mais finalement,
à force, le lecteur trouve lui-même sa conclusion. Le livre n'est pas trop mal
au final. J'ai moins apprécié le long texte qui suit le roman (tous les
remerciements et les cirages de bottes au passage afin que ce livre soit
publié). Mais cela, on n'est pas obligé de le lire. » C’était il y a trois
ans. Depuis, j’ai relu « La Sorcière ». A l’époque, j’étais tombée
sur l’ouvrage et je n’avais pas idée qu’il s’agissait de l’un des épisodes
d’une série, celle des aventures d’Erika Falk et de Patrik Hedström. Quand on
prend en cours leur existence fictive sans avoir le contexte, les débuts, le
passé, on peut trouver leur quotidien bien mièvre, voire sans queue ni tête.
Alors, pour bien comprendre les personnages récurrents, il vaut mieux commencer
par le début, soit « La Princesse des glaces ». Le lecteur les
découvre peu à peu dans chaque livre. Il a le temps de se mettre dans
l’ambiance. Il peut même trouver attachants ces héros ordinaires et par
conséquent très humains. Dans « La Sorcière », Erika élève Anton et
Noël, ses jumeaux en bas âge (donc terribles) et Maja son aînée qui se
responsabilise. Kristina, la belle-mère insupportable a trouvé l’homme de sa
vie en Gunnar et elle l’épouse. Le jour de la cérémonie, Dan (l’ex d’Erika) se
marie enfin avec Anna (la sœur d’Erika). Si on ne lit pas l’histoire récurrente
dès le début, on ne sait pas qu’Anna a tué son ex-époux Lukas qui la battait et
menaçait ses enfants (et n’a pas été inculpée car c’était de la légitime
défense). On ignore qu’elle a vécu l’enfer de la dépression à cause de ça, que
Dan l’a sauvée avec son amour mais qu’elle y est retombée direct après un grave
accident de voiture qui l’a grièvement blessée et qui a tué le nouveau-né
qu’elle avait eu avec Dan. Un peu compliqué mais quand ils se marient, c’est le
bonheur retrouvé. Avec tous ces renseignements, le lecteur comprend les
émotions. Et comme l’auteure a donné un visage, une vie, des sentiments à tous
les membres du commissariat, si on lit toute la série du début jusqu’à la fin,
on les voit évoluer et on partage leurs points de vue et leur émotivité. Pour
le reste, mon commentaire sera identique et tel que je l’ai écrit trois ans
auparavant. Et je suis toujours d’accord avec ma dernière phrase : ne pas
lire les remerciements de l’auteure à tous les gens qui l’ont aidée et à ses
éditeurs. Il n’y a pas qu’elle à le faire. D’autres femmes publiées se
répandent en compliments qui n’intéressent pas forcément le lecteur (en tout
cas, moi, ça ne me concerne pas et je ne lis plus ce genre de choses).