Les Sorcières de Pendle par Stacey Halls
Au début du XVIIème siècle, la jeune Fleetwood Barton, mariée à Richard Shutterworth ne connaît pas un bonheur parfait même si elle habite un beau château. A juste 17 ans, elle a perdu plusieurs bébés, morts nés. Son mari espère un héritier. Lorsque le roman commence, la jeune femme éprouve une certaine angoisse. Elle a trouvé une lettre du médecin qui avertit son époux de son état grave. Elle découvre que si elle porte à terme sa nouvelle grossesse, elle mourra. Désemparée par cette information qu’elle n’aurait jamais dû lire, elle soupçonne Richard qui semble indifférent et distant. Pourquoi l’a-t-il mise enceinte alors qu’elle risque sa vie ? Souffrante, Fleetwood a peur mais ne veut pas s’avouer vaincue. Il lui faut trouver une sage-femme de confiance. Alors qu’elle se trouve dans la forêt sur son domaine, elle croise une certaine Alice Gray. Le premier contact n’est pas agréable, d’autant plus que l’inconnue au caractère « sauvage » semble braconner sur les terres des Shutterworth. Pourtant, peu à peu, les deux femmes finissent par s’entendre. Alice est une guérisseuse et soigne Fleetwood qui dépérissait. Mais dans la région du Lancashire, la chasse aux sorcières sévit. Sur dénonciations, de pauvres femmes sont accusées et condamnées à mort. Leurs torts sont d’être des sage-femmes, des guérisseuses, des femmes démunies. Un ami de la famille des châtelains de Gawthorpe Hall, un homme âgé du nom de Roger (qui représente une figure paternelle de confiance pour Richard), s’implique dans cette traque sans merci. Il s’acharne à poursuivre les malheureuses qui sont calomniées et qui sont sans défense face à la justice qu’il représente. Au moment où il s’en prend à Alice Gray, Fleetwood décide de la défendre, au risque de sa propre vie. Prête à affronter tous les dangers, elle n’hésite pas à braver le péril.
La situation de Fleetwood est précaire. Richard paraît vraiment la délaisser. Il s’occupe plus de son nouveau faucon venu de Turquie à dresser que de son épouse qui a pourtant besoin de lui. Malade, elle reste dans sa chambre avec Puck, son chien (un mastiff). Elle ne peut pas compter sur sa mère, Mme Barton, une veuve très sévère qui la maltraite moralement. Pour la femme, la jeune fille ne fait jamais rien de bien. Elle ne donne pas d’héritier à son mari qui a pourtant pris sa dot. Il faut savoir que la mère l’a mariée à l’âge de quatre ans à un trentenaire avant de faire annuler ce mariage. Quelle idée de livrer sa fillette en pâture à un violeur pédophile qui a abusé d’elle ? A quoi s’attendait-elle ? L’auteure aurait pu se passer de ce genre de détail. Mère trop autoritaire et fille oppressée ne s’entendent pas. Alors, quand Alice Gray arrive pour l’aider, Fleetwood se sent soutenue. Elle va mieux et l’espoir reprend. Cependant, elle découvre dans le livre de comptes de l’intendant du château des frais pour une licence de mariage et des achats de savons pour l’ancienne maison de sa mère. Lorsqu’elle se rend au domaine Barton, elle y voit une femme enceinte. C’est la maîtresse de son mari qui attend un héritier. Horrifiée, Fleetwood se sauve car elle suspecte son mari d’attendre sa mort pour se remarier. Elle s’en va chez sa mère avec Alice. Son mari vient la récupérer. Réticente à partir, Fleetwood accepte à la condition que sa sage-femme soit protégée. Mais parce que la jeune femme est recherchée à la suite d’accusations de la part de gens médisants, Roger en profite pour l’arrêter. Dès lors, trahie par son époux, par l’ami de la famille, par son entourage, Fleetwood voit rouge. Malgré son état de santé et sa grossesse, elle chevauche, remue ciel et terre auprès des autorités, risque sa propre vie. Lorsque Roger amène Judith, la maîtresse enceinte de Richard a une représentation théâtrale privée, elle se sent acculée. C’est de la provocation. Bien sûr, le mari est embarrassé. Mais l’homme qui chasse les sorcières ne s’arrête pas là. Il ne veut pas libérer Alice et ne se contente pas d’elle. Il lui faut une victime supplémentaire à condamner à mort. Au moment où Roger menace Fleetwood, Richard réagit. Il comprend que sa femme est en danger. Il s’arrange pour sortir Alice de prison afin qu’elle aide Fleetwood à donner naissance à Richard junior. Ensuite, le quiproquo se dissipe. Richard n’attendait pas la mort de sa femme malade. Il s’est laissé tenter par Judith, une parente de Roger qui était le véritable manipulateur de service. La licence de mariage était pour un autre parent. Richard coupe les ponts avec l’inquisiteur, éloigne Judith et s’occupe de sa femme qui aura un second enfant, Nicholas. Alice est sauvée mais quitte la région. On ne sait pas ce qui lui arrive mais au moins, elle est en sécurité ailleurs.
Tout est bien qui finit bien dans ce roman sympathique qui réserve des moments de suspens. En effet, dès le début, le lecteur craint la menace permanente qui plane sur la tête de Fleetwood. Surtout, la menace réelle au XVIIème siècle de se faire accuser de sorcellerie est mentionnée dans le livre qui évoque les mauvais traitements de la justice, les abus contre les femmes en Angleterre (mais dans toute l’Europe, c’était pareil). L’auteure indique avoir été inspirée par le véritable procès des sorcières de Pendle. Malheureusement, l’affaire est bien réelle. Des femmes sont mortes injustement. En plus, un couple du nom de Richard et Fleetwood Shutterworth a bien existé, tout comme Alice Gray, accusée de sorcellerie, emprisonnée et la seule libérée. Ceci donne une plus grande ampleur au récit romancé. J’ai apprécié le livre et je le conseille. La seule chose qui m’a moins plu, c’est le prénom de l’héroïne. J’ai cru que l’auteure l’avait inventé (et comme je ne suis pas anglophone, j’ai trouvé que ça sonnait mal). Mais quand on sait qu’autrefois une femme a vraiment porté ce prénom, tout s’explique. Personne n’est parfait.
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