dimanche 25 janvier 2026

Le Templier de l'ombre Tome 1

Le Templier de l'ombre par Mireille Calmel

« Oyez, oyez !!! Lecteurs, vous qui espérez apprendre quelque chose sur l’histoire médiévale en lisant ce livre, passez votre chemin… »

Au treizième siècle, dans le sud-ouest de la France, la jeune Margaux de Dente attend l’arrivée de son promis. Elle pense épouser un jeune noble, le compagnon de son frère André, un jeune chevalier templier. Tous deux se trouvaient en mission en Orient pour leur grand maître après la disgrâce de leur ordre. La demoiselle en a été informée par une lettre. Comme elle a perdu ses parents, son frère lui sert de tuteur et lui choisit un mari qu’elle accepte et qu’elle attend avec impatience. Seulement, rien ne se passe comme prévu. Des templiers, notables puissants de la région détenteur du pouvoir viennent dans son château et le mettent à sac. Ils cherchent quelque chose qu’ils ne trouvent pas. Ils frappent Margaux qui tente de s’opposer à cet abus, tuent la nourrice, les serviteurs et brûlent les lieux avant de partir. Laissée pour morte, la châtelaine a été mise en sécurité par celle qui l’a élevée, juste avant qu’elle ne meure. Dès lors, l’aventure commence. Revenue à elle, Margaux qui bénéficie de la complicité de ses gens fidèles doit fuir ses ennemis. Elle passe pour morte dans l’incendie. Il lui faut retrouver son frère André qui est en danger de mort. Elle recherche aussi son fiancé qu’elle ne connaît pas. Au passage, elle doit se venger pour le massacre de ses serviteurs. Surtout, elle doit survivre dans une nature en hiver. La neige, le froid, les animaux sauvages la menacent

Le roman traite de vengeance. Pour simplifier, il commence dans le passé. Lucia et Camille de Dente sont des sœurs jumelles. Elles sont Cathares et ont déjà un passé éprouvant qui sera révélé dans le second tome. Leurs malheurs ne suffisent pas. Alors qu’elles voyageaient, elles sont attaquées par des Templiers à la suite d’une vengeance personnelle de l’un d’eux. Elles sont violées, mutilées, défigurées, laissées nues à l’agonie dans la neige. Lucia, la mère de Margaux meurt peu de temps après. Camille, sa tante disparaît de la circulation. André de Dente grandit. Il devient templier afin de mener une enquête pour savoir qui a agressé sa mère et sa tante. Il fait la connaissance de Michel en Orient. Ils sont chargés de ramener le trésor des templiers et surtout la pierre philosophale. Mais l’objet est volé pour Camille qui en a besoin pour retrouver son visage. Le miracle n’a pas lieu. La dame reste mutilée horriblement. Les quatre violeurs sont furieux de s’être fait voler une partie du trésor et la pierre. Ils tuent un religieux, empoisonnent les sœurs d’un couvent, exterminent tout le monde. Cachée dans l’ombre, Camille se venge. Au fur et à mesure, elle tue les tortionnaires qui ont torturé et assassiné le pauvre André qui n’a pas révélé ses secrets. Elle sauve Michel in extrémis avec l’aide de Margaux qui ne la connaissait pas et de Théophraste, l’amant de sa tante. Or, la vengeance n’est pas complète : les assassins n’étaient pas quatre. Un cinquième court dans la nature. C’est le templier de l’ombre.

Le roman se fonde sur plusieurs vengeances liées au passé. A la base, l’intrigue pourrait être intéressante. Mais elle est présentée de manière très confuse. L’auteure a voulu écrire un thriller historique. Seulement, à force de vouloir créer le suspens, tout devient incompréhensible. Aussi perturbée que le lecteur qui ne sait pas où il va, Margaux essaie de reconstituer le puzzle. Les éléments s’accumulent et ajoutent à la confusion. Il est facile de se perdre. L’essentiel du roman décrit la fuite et la quête de la jeune fille à travers la nature enneigée, les souterrains, les cavernes et les galeries sous terre de la région. C’est long, très pénible. Le périple au milieu des éléments hostiles, les souffrances physiques et morales de Margaux sont décrites. Pour ça, on les vit avec elle et c’est déplaisant. Le roman n’est pas optimiste. Heureusement, les invraisemblances arrivent à détendre un peu l’ambiance déprimante.

Pour commencer, la première et principale incohérence est Margaux elle-même. C’est elle la narratrice omnisciente qui raconte tout à la première personne. Elle dit : « Je », ce qui n’est en rien naturel. En plus, son ton est surtout celui d’une femme d’un certain âge. Elle a perdu sa mère et ne devrait pas avoir beaucoup d’expérience. Mais elle s’en va dans la neige, va dans un monastère, seule et s’en va chercher son frère. En plus, elle se déguise en homme pour se faire passer pour un templier. Pour se rendre méconnaissable, alors qu’elle est blessée, elle change sa couleur de cheveux, qui passe de noire à blonde. Le produit décolorant est sa propre urine ! Je n’ai pas les cheveux noirs et je ne peux pas tester ce genre de décoloration pour savoir si c’est vrai. Mais le blond vénitien de la Renaissance n’a jamais été réalisé avec de l’urine pure mais avec de l’ammoniaque (tirée de l’urine de chevaux). Margaux met de la cire dans ses joues pour modifier son visage. Avec une coupe courte décolorée, elle se fait passer pour un certain « René Le Blond ». Avec son nom digne d’un truand des années 1970, elle se présente chez ses ennemis qui ne la reconnaissent pas, ce qui est un comble. Elle va dormir vêtue au milieu d’hommes. Heureusement, l’auteure précise qu’elle doit aller « soulager ses besoins naturels et qu’elle a peur de se faire découvrir ». La suite des aventures de notre héroïne de cape et d’épée avant l’heure se révèle chaotique. Pas la peine de s’y étendre.

L’auteure ambitionne d’écrire un thriller historique. Mais l’équilibre entre la narration romanesque et l’histoire des templiers n’est pas bien réalisé. Non seulement c’est incomplet, peu clair mais c’est beaucoup trop lourd. Le plus étrange, c’est la bibliographie qui suit le roman. Mireille Calmet n’écrit pas une thèse pour devoir citer ses références ou ses citations et justifier de ses affirmations. C’est donc superflu. De plus, le lecteur qui s’intéresse à la période historique peut trouver facilement des ouvrages très bien faits sur la question. Ce n’est pas en lisant « Le Templier dans l’ombre » que le lecteur apprendra quelque chose. Il y a même des approximations dans ce récit fait à la première personne. Margaux raconte mais sa voix n’est pas celle d’une jeune fille. Trop mûre, blasée, contestataire, elle ne ressemble pas du tout à l’adolescente médiévale en âge de se marier. En théorie, elle devrait avoir entre 12 et 14 ans, voire 16 car c’est la fourchette des mariages à l’époque. Là, elle semble visiblement quinquagénaire et nous raconte son histoire personnelle avec un langage correct, avec quelques termes médiévaux pour donner la couleur historique. Elle aime bien le mot « hanap » qu’elle assimile à une coupe alors que c’est un grand vase à boire peu pratique. Elle utilise trop le terme « jouvencelle » pour se qualifier elle-même, et qui est parfaitement ridicule de nos jours. On trouve souvent « dame Margaux » alors qu’elle est célibataire. Puisqu’elle parle de façon médiévale, on se demande pourquoi elle marche « en file indienne ». Au Moyen-Age, on dit : « à la queue leu leu » et on se suit comme des loups qui vont en file. Mais je garde le meilleur pour la fin. Le personnage nommé Théophrase s’exclame à trois reprises en criant : « Mortecouilles ! ». Là, j’étais morte de rire. Sérieux ? Pourquoi l’auteure a-t-elle choisi ce mot rendu populaire par Godefroy de Montmirail, le héros du film « Les Visiteurs » ? Il y en avait tant d’autres ! Malheureusement, à cause de ça, je n’ai pas pu m’empêcher d’imaginer l’héroïne avec sa coupe de cheveux décolorée non pas comme René Le Blond ou dame Ginette mais comme « Jacquouille la fripouille ». Désolée, il fallait que je le dise. Il y en aurait encore à dire mais je m’arrête là. Dois-je conseiller ce roman ? Je l’ignore…

 

 

 

 

 

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