jeudi 20 novembre 2025

Le Dompteur de Lions

 

Le Dompteur de lions

Avec « Le Dompteur de lions », Camilla Läckberg passe à un niveau supérieur. Est-ce pour attirer le lecteur qui s’essouffle et pour continuer à exploiter le filon des crimes à Fjällbacka ? Fait-elle comme Erika qui a du mal à écrire son nouveau livre sur un cold case ? Là, l’auteure adopte un registre inhabituel, celui de l’horreur pure. Une jeune fille passionnée d’équitation, Victoria a disparu quatre mois auparavant. Elle a été enlevée, comme plusieurs jeunes autres suédoises que la police ne retrouve pas depuis deux ans. Cependant, la pauvre fille horriblement mutilée parvient à s’échapper de son lieu de détention et court dans la forêt enneigée. Une voiture ne peut l’éviter et la renverse. Elle meurt à l’hôpital. L’auteure fait fort : son personnage a la langue coupée, les yeux énucléés, les tympans percés. En le privant de ses sens principaux, elle évoque la torture, montant un cran dans l’horreur alors qu’elle avait habitué le lecteur à des crimes plus soft en comparaison. C’est juste dégoûtant et ça montre un besoin d’ajouter du sensationnel sordide. Bien évidemment, ça fait monter la tension dans le roman car les autres personnages craignent le pire pour les autres jeunes filles disparues. Au commissariat de Tanumshede, c’est l’effervescence. Patrik a peur pour ses enfants, Anika pour sa fille adoptée en Chine, Paula pour Léo, le bébé de sa compagne et pour Lisa, le sien, né récemment et Martin pour Tuva. Dans quel monde vit-on si l’on mutile des jeunes ? En plus, les policiers se posent la question de savoir si c’est le même tueur en série qui agit depuis les années 1980 ou si c’est un imitateur. Et puis, tout tourne autour du manège fréquenté par Victoria. Le vétérinaire est sur la liste des suspects. Son père paralysé et sa mère constituent une intrigue secondaire. Il y a aussi la disparition de Lasse, un maître-chanteur. Bref, les amis et la parenté de la victime semblent impliqués. Avec ça, on a une autre disparition dans la capitale. Mais ça ne s’avèrera pas lié aux affaires de Fjällbacka.

Dans le même temps, Erika souhaite terminer son livre sur un fait divers sordide des années 1970. Elle rend visite à une prisonnière, Laïla. Cette femme condamnée à la perpétuité a été accusée d’avoir tué son mari, Vladek, d’avoir enchaîné leur fille maltraitée dans la cave et d’avoir causé indirectement la disparition de leur fils. Laïla refuse de parler depuis toujours mais accepte les visites d’Erika. Vladek est le fameux dompteur de lions qui donne le titre au livre. Pendant que Patrik enquête, sa femme fouine partout. Comme de bien entendu, elle interfère avec la police, ce qui complète les recherches. Comme de coutume, la vie quotidienne de l’héroïne est développée. Les jumeaux terribles, l’aînée qui les gère comme elle peut, les émissions télévisées pour enfants (« Bolibompa » avec le dragon vert qui est cité dans tous les livres de Camilla Läckberg depuis qu’elle a introduit le personnage de Maja). Erika pense subir la préménopause à son âge. Pourtant, elle n’a pas atteint la cinquantaine (même si elle est présentée comme une petite mémère débordée avec sa famille de gamins et qui ne peut pas trouver un moment d’intimité avec son mari devenu aussi un petit pépère). Cela devient moins amusant. Sinon, on a toujours les points récurrents. D’abord, les intrigues qui se multiplient embrouillent la clarté et perturbent le rythme de lecture. Ensuite, il y a beaucoup de longueurs sur la vie quotidienne des héros et de leur entourage. Dan et Anna auront une fille, Félicia surnommée Flysan et agrandiront la famille. Mais ça, c’est une autre histoire. Pour conclure, comme tout est toujours relié, il s’avère que Laïla est innocente. Je n’en dirai pas davantage. Le livre reste décevant. On peut comprendre pourquoi. A force de tirer sur la corde…

 

La Faiseuse d'anges

 

La Faiseuse d’anges par Camilla Läckberg

En plus de la vie quotidienne banale d’Erika, de ses proches et des membres du commissariat, le livre propose trois intrigues qui se mêlent. On se trouve donc à tour de rôle dans des époques différentes. Et bien sûr, on n’a pas le temps de se plonger dans une de ces histoires qu’on passe aux autres, ce qui crée un beau désordre. C’est difficile à résumer sans spoiler. Alors je vais découper en étapes. Première étape. Au début, il y a Ebba et Melker, un couple en crise à la suite de la mort de leur fils Vincent. Ils s’installent dans leur maison de l’île de Välo (en face de Fjällbacka) avec l’intention d’ouvrir des chambres d’hôtes. Ils restaurent les lieux qui appartenaient à la famille d’Ebba, qui a disparu dans les années 1970. En effet, la famille Elvander qui tenait un internat de garçons semble s’être volatilisée. Seule la fillette en bas âge avait été trouvée. Devenue grande, Ebba revient chez elle. Mais quelqu’un ne semble pas apprécier son retour. Le couple subit un incendie, essuie des coups de fusils. Patrik enquête car quelqu’un menace les nouveaux venus. C’est l’occasion rêvée pour Erika de fouiner comme de coutume, malgré un emploi du temps chargé, des enfants insupportables, une sœur à la dérive. C’est la première intrigue. Seconde étape. Pour ne pas perdre son autre habitude, l’auteure nous sert le récit du passé, celui de la Faiseuse d’anges qui donne son nom au livre. Au début, j’ai cru que c’était une avorteuse professionnelle car c’est bien la définition d’une « faiseuse d’ange ». Est-ce une erreur de traduction ou un choix délibéré car on n’a pas de rebouteuse armée d’une aiguille ou d’instruments pour charcuter les fœtus non désirés. Il s’agit plutôt d’Helga, une femme qui au début des années 1900 garde des enfants dont on ne veut pas. Sauf que les bébés sont enterrés dans le jardin. La police vient arrêter Helga et son mari. Leur enfant, la petite Dagmar est confiée à une famille d’accueil où elle sera abusée sexuellement. Stigmatisée car elle reste pour l’entière communauté la fille de la meurtrière, elle ne parvient pas à faire sa vie. Elle devient femme de chambre chez une riche famille (où au passage, les hommes bénéficient de ses charmes). Un soir, lors d’un bal donné à la villa, elle rencontre un pilote allemand. C’est le coup de foudre pour elle. Elle a une aventure avec bel Herman… qui se révèle être le futur nazi, Göring ! (et en réalité, pas si beau que ça !) Une seule fois torride suffit pour qu’elle tombe enceinte de l’homme qui a disparu. Folle de lui, Dagmar jure de le retrouver coûte que coûte. Elle se croit aimée par l’apollon de service et pas un instant, elle ne croit qu’elle n’est juste qu’une aventure sans lendemain pour lui. Elle l’attend et met au monde Laura, une fille. Avec elle, la pauvre folle amoureuse part à la recherche de Göring. Elle retrouve sa trace dans un hôpital psychiatrique après avoir vu l’épouse de ce dernier. Alors là, l’auteure fait fort : Camilla Läckberg présente Carin Göring comme une simple ménagère trop ordinaire et tout à fait quelconque alors que c’était dans la réalité une riche et belle aristocrate adulée par son entourage et surtout très aimée par son mari. L’auteure fait du tort à la réalité historique en faisant croire à une épouse complètement inutile. Là, dans son roman, le nazi est pourchassé par une femme de chambre devenue vindicative, harceleuse et surtout malade mentalement. Toute sa vie, elle se mettra à courir derrière un rêve et finira par être internée par périodes. Sa fille Laura grandit en famille d’accueil et coupera les ponts avec sa mère qui ne veut pas lâche son amour perdu (et qui crie vengeance contre Carin). Plus raisonnable et plus rationnelle, Laura se marie avec un homme beaucoup plus âgé. Loin d’être amoureuse, elle préfère la stabilité. Voilà pour la seconde intrigue. Troisième étape. Dans les années 1970, la famille Elvander s’installe sur l’île de Välo. Ex militaire, Rune est le chef de famille et s’est remarié avec Inez (avec qui il aura une fille, Ebba) après son veuvage. Avec lui, il y a Claes, Annelie, Johan, les enfants eus avec sa défunte femme Carla. Les deux aînés sont des adolescents méchants et maltraitent la jeune Inez, leur belle-mère. En dehors de Johan, ils lui rendent la vie infernale. Rune Elvander dirige un pensionnat. Dans cette sorte d’internat rigide et sévère, en 1974, cinq garçons passent leurs vacances sur l’île au lieu de partir dans leurs familles. C’est Léon Kreutz, Sébastian Mansson, John Holm, Percy von Bahlm et Josef Meyer. Du jour au lendemain, disparaissent Rune (quinquagénaire), Inez (la vingtaine), Claes (17 ans), Annelie (15 ans), Johan (7 ans). Seule la petite Ebba âgée d’un an est retrouvée vivante. Gösta Flygare enquête à l’époque et garde l’enfant dans l’attente d’une famille d’accueil. La police ne trouve ni corps ni autres survivants. L’affaire est classée. C’est la troisième intrigue. Le lecteur va devoir jongler en parallèle avec ces trois histoires différentes et les confronter avec l’histoire du présent, c’est-à-dire l’enquête. Cette fois-ci, il n’y a pas de meurtre déclencheur à Fjëllbacka, juste des menaces et une tentative de meurtre sur Ebba et Melker qui ne veulent pas abandonner leur foyer sur l’île. Patrik et Erika vont plutôt s’intéresser au cold case. Il faut absolument interroger les témoins du passé pour en savoir plus sur le danger qui plane sur l’héritière de la pension Elvander (Ebba). Les cinq adolescents qui ont grandi vont être interrogés. Personne ne sait rien et il y a un secret en commun. C’est la bonne occasion pour l’auteure d’ajouter des fils d’intrigues secondaires. Le lecteur va prendre connaissance de cinq vies différentes. Marié à Ia, Léon a eu un accident de voiture et est resté paralysé et brûlé. Sebastian est un homme d’affaires peu scrupuleux qui arnaque Percy, châtelain ruiné marié à Pyttan, une dépensière frivole. Josef a une famille stable. John Holm marié à Liv est le président des « Amis de la Suède », un groupe d’extrême droite qui prépare un attentat meurtrier. Tout cela devient très compliqué à suivre. N’oublions pas au passage la vie amoureuse de la sœur d’Erika. Toutes les deux vont se trouver dans les ennuis. Bien sûr, les deux points précis communs aux romans précédents sont toujours là. D’abord, on a les intrigues qui se multiplient embrouillent la clarté et qui perturbent le rythme de lecture. Ensuite, il y a trop de longueurs sur la vie quotidienne des héros et de leur entourage. Avec cela, il y a le cheval de bataille favori de Camilla Läckberg : parler des nazis, dénoncer l’extrême-droite de son pays, et s’inspirer de l’actualité pour comprendre pourquoi tant de violence (elle dit elle-même s’inspirer des attentats d’Oslo et d’Utoya en Norvège). Au passage, elle met en scène Kjell Ringholm, le journaliste chasseur de nazis. A mon avis, tout ça surcharge beaucoup le livre qui oscille déjà entre la Chick lit et Miss Marple d’Agatha Christie grâce à Erika. « La Faiseuse d’anges » n’est pas un roman historique mais une sorte de fourre-tout de thèmes. C’est fatigant. Enfin, pour moi. Pas inintéressant mais épuisant. Il faut s’accrocher.

 

Le Gardien de phare


"Le Gardien de phare" de Camilla Läckberg

A la suite de son malaise cardiaque, Patrik se trouve en arrêt maladie. Erika essaie de survivre après avoir mis au monde Anton et Noël, ses jumeaux prématurés à cause d’un accident de la route qui a également impliqué Anna Falk. Celle-ci a bien failli mourir et s’en est bien moins sortie que sa sœur. En plus, son bébé est mort (conséquences de l’accident). Apathique, dépressive, elle a perdu goût à la vie, au grand désespoir de son compagnon Dan. Le livre commence dans cette belle ambiance festive. Pour couronner le tout, dès que Patrik remet les pieds au commissariat, il doit enquêter sur la mort d’un employé du conseil de la région. Matts Sverin est un homme discret, qui auparavant exerçait son métier de directeur financier au « Refuge », une association qui prend en charge les femmes battues par leurs conjoints et en danger. Après avoir subi une sévère agression, Matts avait voulu rentrer à Fjällbacka. Il y avait retrouvé une amie d’enfance, la belle Annie qu’il aimait autrefois. Celle-ci est revenue chez elle, sur l’île de Gråskär avec son fils de cinq ans, visiblement malade et apathique. Elle habite dans la maison familiale des gardiens du phare. L’endroit conserve ses secrets : c’est l’île des morts, remplie de revenants. Pendant que Patrik enquête sur le décès de Matts (tué par balle), Erika cherche des indices et voudrait en savoir plus en discutant avec Annie qu’elle connaît aussi. Comme d’habitude, l’auteure entrecoupe les moments du présent avec le passé. Ici, elle raconte l’histoire d’une jeune servante amoureuse du fils de la ferme où elle travaille. Ses rêves deviennent réalité quand ses patrons lui proposent d’épouser le jeune homme qui doit partir sur l’île en tant que gardien de phare, avec Julian son assistant. Elle est tout heureuse mais déchante vite car le beau garçon ne la touche jamais. Froid, antipathique, il la maltraite. La pauvre fille vit sur l’île, dans l’isolement mais s’en contente. Les fantômes qui l’entourent la réconfortent. Un jour, sur ordre de son beau-père, son époux distant finit par la mettre enceinte. Le lecteur finit par comprendre la cause de cette situation. Il ne faut pas être sorcier pour comprendre pourquoi la fille pauvre s’est mariée au-dessus de sa condition avec un garçon bien trop proche de son jeune assistant. Moi j’avais bien compris qu’elle n’était qu’une épouse pour la façade. Quoi qu’il en soit, ça se termine mal pour la fille du siècle dernier qui vivait là où se trouve Annie. Je n’en dirai pas plus, sinon que l’on retrouve inévitablement les deux points précis qui blessent. D’abord, les intrigues qui se multiplient embrouillent la clarté et perturbent le rythme de lecture. Ensuite, il y a encore trop de longueurs sur la vie quotidienne des héros et de leur entourage. En outre, l’héroïne se transforme en mémère fouineuse et c’est pathétique. J’ajouterai aussi que ce roman est beaucoup moins intéressant que les tout premiers de la série. Le rythme est de plus en plus lent, morose. Il faut vraiment être motivé pour aller jusqu’au bout. L’inspiration semble se tarir de plus en plus. Dommage.

 

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