La rançon du chien
Lisa a disparu ! Monsieur Reynolds, un éditeur, a l’habitude de promener son caniche noir dans le parc. Un soir, il lâche le chien pour qu’il puisse se dégourdir les pattes, comme à son habitude. Or, celui-ci disparait. Un peu plus tard, le malheureux propriétaire reçoit une demande de rançon… Patricia Highsmith ne débute pas son roman par un crime classique entre humains. Elle traite le thème de l’enlèvement crapuleux d’un animal. Beaucoup ne paieraient certainement pas pour récupérer une bête mais c’est sans compter sur les gens qui aiment et respectent leurs compagnons à quatre pattes. Les chiens et les chats font partie intégrante de la famille. C’est le cas pour Lisa, considérée comme le bébé de Ed Reynolds et de son épouse Greta. Le couple n’a pas d’enfant. Ed était le père d’une fille décédée (née d’un précédent mariage) et n’a pas fait son deuil. Tous deux se posent la question de savoir si la lettre de demande de rançon a été écrite par le corbeau qui envoie des lettres anonymes dans le quartier. Ed s’en va voir la police qui n’a rien à faire de l’enlèvement d’un chien. Dans les années soixante et soixante-dix, la plupart des gens se moquait des animaux. Alors, demander de l’aide à la police, quelle idée ! Toutefois, au commissariat, un policier, Clarence Duhamel s’intéresse à l’affaire. A ce moment-là, le jeune homme ignore qu’il est en train de détruire sa propre vie…
L’auteure ne cache pas l’identité du criminel. Il s’agit d’un quinquagénaire d’origine polonaise, désœuvré à la suite d’un accident du travail. Il reçoit une petite pension pour subsister mais aucune aide psychologique. Enragé contre l’entière société, le dénommé Kenneth passe son temps à écrire des lettres anonymes, à rôder dans son quartier. Ed est l’une de ses victimes. Il le jalouse. C’est lui qui sera à l’origine de la descente aux enfers du policier qui le traque. En réalité, fils unique de gens de la classe moyenne, Clarence a réussi à faire des études. Diplôme en poche, il se cherche. Amateur de justice, il croit trouver sa place dans la police. Mais trop différent, trop cultivé, il s’attire surtout l’inimitié de ses collègues dont Pete Manzoni. Clarence n’écoute pas. Il enquête seul et ne veut pas lâcher l’affaire. A fur et à mesure, il se prend de sympathie pour les Reynolds. Greta a fui les persécutions de la Seconde guerre mondiale. Ed a perdu sa fille. Là, quelqu’un les détruit en leur ôtant leur chien bien-aimé. Cette souffrance parle au jeune policier et le motive pour coincer le criminel. Quelque part, le lecteur devine qu’il aurait voulu des parents comme eux. Ces gens semblent lui témoigner de l’affection. Et Clarence en a besoin. Sa petite-amie Marilyn ne lui rend pas l’amour qu’il lui porte. De plus, elle déteste la police et le dit à qui veut l’entendre. Libre, la jeune secrétaire volante (ou free-lance) ne dépend de personne. En bref, elle ne l’aime pas assez pour le soutenir… selon moi, elle ne l’aime pas du tout. Quoi qu’il en soit, Clarence enquête et trouve Kenneth. Là, il comment une grave erreur. Au lieu de l’arrêter manu militari, il négocie. Non seulement il le laisse en liberté mais va voir de sa part les Reynolds. Kenneth rendra la chienne à condition d’avoir mille dollars supplémentaires. Résultat, le maniaque se sauve, empoche l’argent et surtout ne rend pas l’animal, qu’il a tué depuis le début. La bêtise de Clarence se retourne contre lui. Arrêté par ses collègues, Kenneth accuse le jeune policier d’avoir accepté un pot de vin de sa part. Ceci suffit pour discréditer Clarence aux yeux des autorités. Manzoni enquête sur lui. Malgré son crime, Kenneth ne passe pas un seul jour de prison. La justice ne fait rien du tout. Elle se décharge du problème en envoyant le délinquant dans une résidence où il est à peine surveillé. Libre de faire ce qu’il veut, Kenneth tente de se venger encore plus. Quand il se met à suivre Marilyn et à la terroriser, Clarence finit par le tuer. Au commissariat, il devient le suspect numéro un quand l’assassinat du malade mental est confirmé. Clarence est interrogé mais n’avoue rien. Pour obtenir une promotion, Manzoni qui veut le faire tomber absolument, harcèle Marilyn (qui en a plus qu’assez et qui quitte Clarence). Oui, cela va mal se terminer…
L’auteure dénonce la situation. La justice ne fait rien. Impuni, tout harceleur et criminel non suivi psychologiquement recommence. Avec l’exemple de Kenneth qui se sent intouchable grâce aux manquements de la loi, elle montre qu’il n’y a pas d’issue. Sans sanction définitive ou aide, un harceleur ne s’arrêtera jamais. Les situations s’enveniment et les honnêtes citoyens sont tentés de se faire justice eux-mêmes. C’est pousser les gens à devenir des assassins alors que si la justice faisait son devoir, tout serait plus simple.
Dans le livre, Clarence perd tout : Marilyn, l’affection des Reynolds qui restent indifférents envers lui, son travail (qu’il voulait quitter), son humanité, son avenir… et même, peut-être sa vie. La fin n’est pas claire. Le méchant Manzoni, caricature à peine voilée de mafieux italo-américain se soucie peu du polonais (l’auteur ne montrerait-elle pas un peu xénophobe quelque part avec ses portraits un peu clichés ?). Il veut la peau de Clarence qu’il déteste et qu’il envie. Le policier antipathique va le voir chez lui et lui tire une balle dans le ventre. Le jeune homme s’écroule en livrant ses réflexions et ses déceptions. Et là, l’auteure n’est vraiment pas claire du tout. On ne sait pas si le héros malchanceux meurt ou est seulement blessé. S’en sortira-t-il ou tout est-il perdu pour lui ? Personnellement, je n’aime pas les fins qui ne tranchent pas de façon directe et qui sont ouvertes à plusieurs choix. C’est la raison pour laquelle, je n’ai pas apprécié ce livre.
Dans tous les cas, dans ce roman triste, Patricia Highsmith dénonce les incohérences de la justice qui ne prend pas en compte les crimes qui n’entrent pas dans les cases. L’enlèvement d’un animal, la demande de rançon, la prise en charge psychologique d’un accidenté du travail traumatisé devenu un délateur nuisible ne trouvent pas de solutions. Le vide juridique laisse la porte ouverte à toutes les dérives, y compris l’accumulation d’erreurs comme le montre l’exemple du héros qui finit par détruire sa propre vie alors qu’il est en quête de justice. Le livre n’est pas mal écrit malgré tout. Pourrais-je le conseiller ? Je l’ignore. A réserver aux fans absolus de l’auteure.

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